Salim Sdiri est le meilleur spécialiste français du saut en longueur. Il présente la particularité de s'entraîner seul, chez lui, à Montargis, loin de toute
structure fédérale et avec un entraîneur basé à plus de trois cents kilomètres de chez lui. Il nous explique comment il procède.(Article du Jounal L EQUIPE)
« Je me gère à 100% (...) J'ai le stade, à Montargis, pour moi tout seul. ». (L'Equipe)
Mon entraîneur
« Danielle Desmier, mon entraîneur, est basée à Niort et, moi, à Montargis. Donc j'effectue mes séances tout seul. Je l'ai connue en étant retenu pour un stage
interrégional organisé par la Ligue. Elle était dans l'encadrement et il y a eu un bon feeling entre nous. Je lui ai donc demandé si elle pouvait m'entraîner. Son boulot est de gérer mes plans
d'entraînement. Elle me les communique et m'appelle ensuite pour connaître mes sensations, savoir ce qui a été et ce qui n'a pas été. Danielle vient en compétition avec moi et également pendant
les stages, ce qui nous donne l'occasion de dresser des bilans. Ça veut donc dire qu'on se voit six à sept fois dans l'année. Je fonctionne comme ça depuis neuf ans. Mais, le fait qu'il n'y ait
pas de regard extérieur, c'est parfois difficile. »
Mon rythme d'entraînement
« Je fonctionne avec six à treize séances par semaine. A Montargis, j'ai le stade pour moi, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et ma propre clef pour ouvrir le
local. Je n'ai pas d'horaire fixe, je décide en fonction de mon rythme : réveil, déjeuner, digestion. Ça peut-être le matin, l'après-midi, le soir... Je me gère à 100%, je suis libre. L'hiver,
quand tu es crevé, qu'il neige ou qu'il fait zéro degré, qu'il n'y a pas un bruit autour de toi ou personne pour t'encourager, c'est vrai que ça peut être très dur d'aller s'entraîner. Quand je
fais mes séances, Danielle Desmier sait que j'ai un état de forme correct. Elle sait aussi quand je suis fatigué et que je ne suis pas un tire-au-flanc. Là, par exemple, j'ai un truc à la cuisse
mais je veux continuer. Entre elle et moi, il y a une relation de confiance. »
Mes séances d'entraînement
« C'est très varié : courses longues, aérobie, musculation, technique de course (avec des lattes), courses d'élan, techniques de saut, travail de bondissement (avec
des haies ou, pour travailler la longueur, sur de la pelouse) ou encore sprint pur. Aujourd'hui (NDLR : le 4 juillet, jour de l'entretien), j'ai fait deux fois une course de 70 mètres
puis des exercices pour travailler les foulées avec des lattes disposées chacune à sept pieds ou sept pieds et demi de distance. Demain ce sera de la musculation. Quand je ne le sens pas,
j'arrête ma séance plutôt que d'aller chercher la blessure. Il faut s'adapter, se reposer pour ne pas ruiner sa santé. Et, quand je ne fais pas une séance, je ne le cache jamais à mon entraîneur.
»
Ma technique de course
« Concernant ma technique de course, il faut que j'arrive à mieux me placer, que je sois «plus grand en course». Ça veut dire que le bassin doit être plus haut.
Cela me permet de courir plus vite. Sinon je risque de buter au moment de sauter. Il faut savoir qu'à l'impulsion, le centre de gravité du corps est plus haut. Il faut donc que le pied arrive
juste sous le bassin. On appelle ça «griffer». Et on peut ainsi garder le maximum de vitesse à l'impulsion. Si on réussit ça, on a déjà réussi son saut même si celui-ci ne sera pas techniquement
terrible. Sur ma course d'élan, j'ai cinquante-six centimètres de foulée. Ce qui est assez long mais en aucun cas un défaut. D'autres sauteurs ont trente-cinq centimètres ou quarante, à chacun la
sienne. J'ai une marque intermédiaire qui est à six foulées de la planche. Comme ça, je sais si je suis près ou loin de la planche, si j'arrive trop vite ou trop rapidement. Cette marque, je la
pose avant que le concours ne commence. Les autres athlètes font pareil. »
Ma technique de saut
« Lorsque j'ai débuté, je ne savais pas du tout sauter donc je faisais un peu n'importe quoi. Puis on m'a expliqué ce qu'était le ciseau puis le double ciseau. J'ai
appris dans un premier temps à sauter en ciseau simple. C'est une technique qui consiste à engager le genou - celui qui part vers le haut à l'impulsion - très rapidement vers l'avant, à relâcher
cette jambe en ramenant celle qui a impulsé devant. Les deux se croisent et c'est l'impression de pédaler en l'air que l'on donne aux spectateurs. Cette dernière jambe va aller se tendre loin
devant pour préparer le «ramené», c'est-à-dire l'atterrissage. Puis l'autre la rejoint. Le double ciseau est la même technique avec un croisement de jambes supplémentaires. Pour réussir un
double-ciseau, il faut l'engager très vite à l'impulsion pour pouvoir avoir le temps de bien préparer le «ramené». Ces techniques permettent au sauteur de s'engager en avant - c'est-à-dire que
les épaules doivent être devant le bassin qui, lui même, doit être devant le pied d'impulsion - le plus loin possible et de basculer ensuite en l'air pour se retrouver dans la position inverse -
les pieds devant le bassin et les épaules - et de pouvoir ramener correctement. Il y a aussi le mouvement de rotation des bras qui doit aller en opposition avec celui des jambes pour équilibrer
le haut du corps. J'ai appris le tout étape par étape: ciseau simple d'abord, ensuite avec les bras, ensuite le double sans les bras puis le double avec les bras. Aujourd'hui, ma technique de
saut est bonne. Je ne vois pas ce que je peux améliorer énormément maintenant. »
Ma vie d'athlète
« Je n'ai pas le même salaire qu'un joueur de football. Je suis payé 1 500 euros par mois par la Ligue nationale d'athlétisme et je suis aussi aidé par mon
équipementier. Pourtant il y a des athlètes de niveau inférieur au mien qui sont pris en main par de gros sponsors. A côté de ça, il faut vivre, payer sa maison, ses factures. Après, il ne reste
pas grand-chose pour s'entraîner. Quand je me déplace avec Danielle Desmier, je dois payer pour deux personnes donc on est vite limités. La Fédération française d'athlétisme paye vingt jours de
stage par an. Mais certains athlètes ont droit à quarante jours. Vous imaginez sur un an, ce que ça représente ? Moi, je suis allé en Afrique du Sud à la fin du mois d'avril puis deux fois cinq
jours à Clermont-Ferrand. Je ne peux pas me permettre d'aller plus loin. Là-bas, j'ai une salle plus un très bon technicien avec qui je m'entends bien. Mais c'est à moi de les appeler. J'ai
négocié avec la FFA pour les stages à Clermont. Ils ont dit OK sauf pour les déplacements. Pourtant ce n'est pas très loin de Montargis... Je ne sais pas sur quoi ils se basent. J'ai quand même
été le premier à faire les minima cette année, j'ai eu une médaille de bronze l'an dernier aux Europe en salle. Pourtant j'ai de bons rapports avec les gens de la Fédé. Mais ce sont eux qui
décident. Moi, je suis juste un athlète. Je ne peux pas dire grand-chose. »
Mon avenir
« J'ai reçu une proposition du Team Lagardère pour venir les rejoindre. Intégrer une grosse structure me permettrait d'évoluer dans les meilleures conditions. Il
y aura du matériel de musculation mis à ma disposition par exemple. Au stade de Montargis, il y a une salle mais elle ne vaut pas grand chose. C'est la ville qui me paye un abonnement dans un club.
Au Team Lagardère, il y a aussi un staff médical. Moi, pour l'instant, je vais voir un médecin de la FFA. Pour ça, je dois faire des aller-retour sur Paris, mais ça ne me dérange pas trop. En plus,
je pourrai rester à Montargis et garder mon entraîneur. »
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